Poser sa carapace

Poser sa carapace

Poser sa carapace!

« Aller vers notre teinte personnelle, notre individualité, déployer nos qualités », tel était le sujet de mon précédent article « Retrouver nos aspirations profondes» où j’exprimais « la nécessité de se mettre dans la démarche de cultiver l’estime de soi au quotidien. C’est un cheminement qui s’apprend, s’entretient, se nourrit et se développe tout au long de notre vie. » C’est dans cet objectif – mais aussi pour nourrir ma pratique d’animatrice de stage – que j’ai participé à un stage de développement personnel nommé « Estime de soi » et animé par les psychothérapeutes Gérard et Agnès Duflot. Lors de ce stage, j’ai été très touchée par mon propre cheminement et par celui de mes camarades. Différents ateliers nous ont amenés à ressentir, à prendre conscience de la mise en place de nos stratégies de défense, à comprendre davantage pourquoi nous les mettons en place et à apprendre à les accepter avec bienveillance. C’est un passage obligé pour être en mesure par la suite de les dépasser. C’était un temps privilégié où nous avons oser – chacun à son rythme – nous livrer, nous dévoiler, poser notre carapace et accueillir en direct nos parts d’ombre et de lumière. C’était beau ! C’était émouvant ! C’était puissant de vie ! À chaque instant, nous avons osé aller vers notre être profond et lâcher notre personnage.

Entretenir les bénéfices d’un stage de développement personnel…

L’objectif, à la suite d’un tel stage, c’est bien d’appliquer cette ouverture de conscience à la vrai vie  et de veiller à ce que le pilotage automatique ne se remette pas en place à notre insu ! Garder les bénéfices d’un stage de développement personnel dans la pratique de notre quotidien ce n’est pas chose facile. Cela nous demande d’être attentif à nos sensations. Pour exemple, lorsque dans une conversation avec quelqu’un je sens que je me renferme ou que je me mets en mode défense, plutôt que d’imputer à l’autre la responsabilité de mon changement interne, il s’agit de s’interroger sur mes perceptions. En d’autres termes, de se dire intérieurement « qu ‘est-ce-qui dans les paroles, les actes ou le comportement d’autrui active en moi des sensations désagréables ?», « quel est ce senti-ment de danger qui m’appartient et dont l’autre n’est pas responsable ? », « pourquoi je remets ma carapace ? », « qu’est-ce-que ce dérangement peut m’apprendre sur moi ? » .

S’entraîner à expérimenter

Cela nous demande d’accepter de lâcher notre système de contrôle, nos fonctionnements, nos stratégies et nos croyances ! C’est donc accepter le lâcher-prise ! Facile à dire et peut être à comprendre, et cependant, c’est un vrai apprentissage ! La grande difficulté est que cette attitude ne passe pas par le mental mais par la prise de conscience de nos perceptions ! Cela demande de l’entraînement.

À ce propos, j’avais envie de partager mes réfléxions et les liens que je fais entre des stages de développement personnel tels que « Se Relier », « Dire Oui » et « Estime de Soi » (conduits par Gérard et Agnès Duflot), « S’affranchir de la honte » (proposés par Françoise Muhr et Philippe Gibout) et « Gai-Rire », (animé par moi-même). En effet, la pratique du clown, dans mon stage Gai’Rire, peut s’avérer être un magnifique atelier d’expérimentation pour oser, pas à pas, être soi. Elle invite à s’entraîner à glisser gentillement sur un petit tobbogan dans un cadre bienveillant et sécurisant, afin de gagner en assurance et oser nous lancer sur le grand tobbogan de la vie.
« Nous avons besoin d’identifier où nous en sommes pour savoir où nous allons  » répète souvent Gérard Duflot dans ses stages. La pratique du clown nous apprend à être à l’écoute, à accueillir nos sensations corporelles, notre ressenti et notre sensibilité. C’est à partir de ce qui se passe en nous que nous allons créer et oser l’offrir aux autres. Cette offrande peut être simplement une émotion que je livre à travers mon regard ou mon corps à l’autre ou aux autres, sans honte, sans retenue. Le clown n’a pas la pudeur des émotions. Il ne cache pas son état d’être. Il le livre. Il libère cette énergie qui a besoin d’être dite. Il l’offre à la manière de l’enfant.

Déjouer nos mécanismes de défense!

Lors de ces stages de développement personnel, nous constatons souvent que nos hontes -à l’origine de la mise en place de nos stratégies de défense- nous handicapent, nous empêchent de nous dévoiler et d’accéder à notre être profond. Néanmoins, lorsqu’un participant de ces stages arrive à exprimer une honte, à l’exposer devant le groupe, cette dernière perd de son pouvoir. À l’image « des vampires, les hontes s’enfuient et disparaissent à la lumière du jour » dixit Philippe Gibout. La pratique du clown permet de nous entraîner à les traverser et les dépasser. C’est par ce qu’il nous entraîne à stimuler comme dit Gérard Duflot notre « bouton du ressenti, de la sensibilité, de la fragilité », « à déguster du sensitif », « à nous brancher sur notre intime », que nous apprenons à faire taire notre mental et ainsi à déjouer nos mécanismes de défense et nos croyances.

La pratique du clown est un entraînement sur le « je suis cap d’oser , d’expérimenter, d’explorer l’inconnu», selon les dires de Gérard Duflots. Elle nous aide à nous prendre moins au sérieux, à rire de « nos petits arrangements avec nous-même » (expression souvent utilisée par Françoise Muhr).

Se détacher du besoin de reconnaissance

De plus, le travail du clown nous entraîne à nous détacher de l’approbation de l’autre. En effet, le clown ne cherche pas la reconnaissance dans le sens où il n’agit pas pour obtenir l’admiration ou le rire du spectateur. Le clown est authentique. Si derrière notre nez, nous cherchons à faire rire ou à faire pleurer, nous sommes alors à côté de notre nez, plus précisément, de notre authenticité. La première personne à qui nous essayons de mentir dans ce cas, c’est à nous-même. Notre nez de clown agira alors comme un effet miroir. Nous nous prendrons « la main dans le sac ». L’erreur serait de se juger ! Nous avons besoin de toucher ce piège, notre piège afin d’en prendre conscience pour ensuite le déjouer. Le chemin commence d’abord par le fait de s’en amuser, de l’accepter afin que cette tentative de supercherie puisse être source d’apprentissage. Nous avons à dépasser notre propre « juge-ment ». Le travail du clown rend les cartes de noblesse à l’erreur. Elle devient enseignement. Au cours du travail clownesque nous percevons que sans erreur, sans imprévu, il ne se passe rien. Au contraire, si nous acceptons l’imprévu ou l’erreur alors ceux-ci peuvent être sources de création. Nous allons créer avec ce qui est là, avec ce qui se présente à nous.

L’art clownesque nous met avec douceur sur le chemin de l’écoute du plus profond de nous, de l’expérimentation de l’inconnu, de « l’oser » lâcher notre mental et de l’essence de notre être. C’est un outil qui aide à sortir et à déprogrammer nos schémas. Il active notre flamme de vie.

Gérard Duflot nous disait « L’enfant a besoin de se rassurer avant de faire. L’adulte ne peut pas se rassurer, il doit d’abord faire pour ensuite se rassurer ! »